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L'Etat a t'il surfacturé un antivirus gratuit?

L'Etat a t'il surfacturé un antivirus gratuit?

Cela ne vous aura pas échappé, mais en ce moment l'actualité est riches en scandales divers et variés gravitant autour de la corruption, d'abus de pouvoir, de détournements de fonds et autres actes de bienveillances. C'est donc l'occasion de nous (re)pencher sur un vieux dossier, celui du fameux antivirus souverain DAVFI, devenu UHURU et qui a coûté quelques millions au contribuable...

DAVFI : L'antivirus pas gratuit

Au départ, le projet d'un antivirus souverain français a de quoi séduire: Plutôt que de livrer ses équipements à des produits d'origine étrangère, payants et sans cesse reconsidérés lors d'appels d'offre de marchés publics, il est logique de penser à développer son propre écosystème de sécurité indépendant. C'est donc avec beaucoup d'espoir et de bienveillance (?) que le projet DAVFI (Démonstrateurs d'AntiVirus Français et Internationaux) a été élaboré et financé à hauteur de 6 millions d'euros en 2012.

Ces 6 millions (un peu moins en fait, mais plus de 5.5 Millions en tout) proviennent à 40% du FSN (Fonds national pour la Société Numérique, devenu le PIA Numérique), sous la forme d'un emprunt remboursable en cas de succès du projet. Le reste a été porté par le consortium de sociétés qui sont à l'origine du projet, à savoir Nov'it, Qosmos (oui, cette société qui a été accusée de développer un logiciel de surveillance pour la Syrie!), Tec'Lib (qui a racheté Nov'it en 2015), l'école d'ingénieurs informatique ESIEA et le DCNS. Chaque entité du consortium constituait un maillon de la chaîne de production, depuis la phase de conception jusque la commercialisation. Un comité d'utilisateurs devait entre temps juger de l'avancée de DAVFI et jauger de ses capacités.

 

Le développement du code en incombait à l'école d'ingénieurs ESIEA, avant livraison du produit à Nov'It pour son industrialisation et internalisation de l'équipe de développement. Le 30 septembre 2014, ce sont donc 3 versions de l'antivirus qui sont entre les mains de Nov'it: Un antivirus Android, une version Linux et finalement une version Windows (7 et 8). Le projet DAVFI prend fin ce jour là pour entamer une deuxième phase...

Blague Uhuru

Entre la phase d'élaboration et la présentation se sont écoulés certes 2 bonnes années, une période qui peut sembler courte pour le développement d'un PoC (Proof of Concept, une version très épurée qui sert de démonstration), mais cela couvre une évolution du projet initial, qui a d'ores et déjà dévié. En effet, la première application a être présentée est une ROM pour smartphone Nexus 4, sensée offrir une sécurisation totale de l'appareil. On est donc loin de l'antivirus gratuit type Avast!, d'autant que l'installation de cette ROM implique une certaine expertise. Ce premier produit, baptisé UHURU mobile, déçoit donc par son concept, mais aussi son efficacité puisque à deux reprises des chercheurs parviennent à prouver sa perméabilité. Si les conditions de forçage sont remises en cause, les développeurs d'UHURU cessent toute communication officielle et ce projet entre dans les limbes de manière définitive.

S'en vient une autre version, cette fois baptisée Armadito, cette fois destinée aux ordinateurs Windows et gratuite. Toujours en développement mais au même stade depuis 2017, ce logiciel dont les sources ont été publiées sur GitHub n'est pas disponible en version utilisable par le grand public, ni même achevée. Teclib' continue toutefois de présenter ce produit sur son site. Un Fork de l'antivirus tel qu'il a été conçu initialement et baptisé OpenDavFi est toujours en développement par l'un des ingénieurs d'origine, mais aucun code source n'a été rendu public depuis, pour des raisons légales selon son auteur. Le chercheur Nicolas Ruff a déjà écrit sur son blog ce qu'il pensait des conditions de développement du projet Davfi, nous vous invitons à lire ses observations et à tirer les conclusions que vous voulez.

Souveraineté Numérique: La vache à lait?

Difficile de parler de surfacturation ici. En effet les enjeux de la souveraineté numérique sont très importants voire fondamentaux, mais semble très mal gérée et organisée par les mauvais organismes. Le fait que Bercy ait chapeauté le projet du Cloud Souverain (rires) au lieu d'un ministère en charge du numérique est déjà un bon indicateur. Ironie du sort, le secrétaire d'Etat au numérique dépend désormais du ministre de l’économie et des finances et du ministre de l’action et des comptes publics. Mounir Mahjoubi a donc perdu une place dans l'ordre protocolaire et devra répondre à Bruno Lemaire et Gérald Darmanin, ce qui pourrait être le signe d'un rétrécissement de son pouvoir. Il faut dire que son action a été plutôt discrète pour le moment et qu'aucun projet d'importance n'a encore émané de son bureau.

Toujours est-il que cette gestion hasardeuse du dossier numérique depuis des décennies commence à se voir. Si la fracture numérique tend à se réduire pour la population, l'Etat lui dépend toujours autant de prestataires extérieurs et étrangers, et attribue toujours beaucoup de ses marchés à des entreprises comme Microsoft (qui équipe les écoles et certaines administrations), ce que ne manque pas de commenter les acteurs du logiciel libre. En ne parvenant pas à évaluer correctement les projets importants, l'Etat pourrait se rendre coupable de gaspiller l'argent public, ce qui dans le cadre de la création d'un antivirus (gratuit pour le public et commercialisé pour les entreprises) qui n'aura jamais vu le jour, n'aura coûté que la bagatelle de 2 millions d'euros au contribuable. Ce qui reste tout de même négligeable façe aux sommes consacrées au développement d'un Cloud souverain (150 millions d'euros!) et d'un système d'exploitation souverain (rires).

Donc non, on ne peut pas dire que l'Etat a surfacturé le développement d'un antivirus souverain. En revanche, on peut affirmer qu'il s'agit bien là d'un échec retentissant qui a juste servi à financer des sociétés privées pendant deux ans sur une base hypothétique et dans un seul but controversé et illusoire de concurrencer des entreprises établies depuis des décennies dans le milieu.

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