Affaire Huawei : quelles conséquences pour les utilisateurs ?

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Google suspend ses relations avec Huawei. La pieuvre américaine a décidé de couper les ponts avec le constructeur chinois à la suite d’une décision radicale du gouvernement américain. En effet, Donald Trump a annoncé dans son décret du 15 mai 2019, une série de restrictions aux sociétés américaines travaillant avec des entreprises qui « feraient peser un risque inacceptable » sur la sécurité nationale [des États-Unis]. Google, qui fournit une licence de son système d’exploitation mobile (Android) aux différents constructeurs comme Huawei et Samsung, a donc décidé de suspendre ses relations avec le fabricant chinois. Pour rappel, Huawei est soupçonné d’avoir effectué des manœuvres d’espionnage pour la Chine.

Coup dur pour Huawei et ses utilisateurs

Si vous possédez déjà un smartphone Huawei ou Honor (marque détenue également par le géant chinois) vous pourrez continuer à utiliser votre appareil sans problème, ou presque. Les tablettes et smartphones concernés supporteront encore Google Play Store et Google Play Protect (la solution de sécurité native de l’OS). Vous aurez par conséquent toujours la possibilité d’utiliser la boutique d’applications de Google.

Huawei Logo

Crédits: Huawei

Selon les informations livrées par Google, seuls les nouveaux appareils Honor et Huawei sont directement visés par cette décision.  Ainsi, il est fort probable que les smartphones Huawei ne supportent plus officiellement les prochaines versions d’Android. Ces appareils pourraient être livrés sous Android AOSP (la version open source du système d’exploitation), sauf si Huawei prend la décision de développer son propre OS. Cette version de l’OS est livrée sans les services supplémentaires de Google parmi lesquels on compte Youtube, Play Store, ou encore Gmail. Il sera néanmoins possible d’installer ces services par le biais du pack GApps. Kézako ?

Le paquet Gapps est un ensemble d’applications élaboré par les développeurs de versions personnalisées d’Android (Custom ROMs). Il permet d’installer facilement les différents services Google utilisés au quotidien par les utilisateurs. Le hic, c’est qu’il faut mettre les mains dans le cambouis pour les installer. Les utilisateurs doivent utiliser des utilitaires tiers qui ne sont opérationnels que si Huawei rouvre le bootloader* de ses smartphones.

Open gapps

Capture d’écran du site Open Gapps, permettant de télécharger le pack GApps

Vous l’aurez compris, les manipulations à entreprendre sont plutôt techniques et ne sont pas facilement exécutables par l’utilisateur lambda. Ce ne sont malheureusement pas les seules conséquences pour les utilisateurs.

*Bootloader : Un bootloader est un logiciel permettant de lancer un ou plusieurs systèmes d’exploitation. Il constitue en quelque sorte la racine de votre smartphone, qu’il convient de déverrouiller si vous envisagez d’apporter des modifications profondes : installer une image de récupération ou une version Android alternative par exemple.

Les boutiques d’applications alternatives se frottent les mains

Si le Google Play Store n’est plus installé par défaut sur les prochains appareils de Huawei, les utilisateurs se rueront logiquement sur les boutiques alternatives. Ces marketplaces ont de nombreux avantages. Elles permettent par exemple de s’affranchir des restrictions géographiques et d’obtenir des applications non disponibles dans une région donnée. Elles ont néanmoins quelques défauts : la sécurité et la fiabilité des applications de leur catalogue.

Des risques majeurs pour les utilisateurs 

Les boutiques et sites de téléchargements d’APK n’ont pas tous la même rigueur en ce qui concerne la sécurité. D’ailleurs, les hackers affectionnent ces circuits qui leur permettent de proposer des malwares logés dans des versions modifiées d’applications phares (des jeux, des utilitaires, des applications de météo, etc.).

Sécurité Huawei

Crédits : Image Creative Commons CC0

Quel avenir pour la marque ?

Les fans de la marque auront probablement beaucoup de mal à s’adapter à de tels bouleversements. Huawei s’est hissé en quelques années à la deuxième place du classement des meilleurs fabricants de mobiles (en termes de ventes globales). Ses smartphones sont régulièrement salués par la critique pour leurs performances. Cette estocade portée par l’administration Trump est donc un coup dur, car si aucune solution viable n’est trouvée, les utilisateurs risquent de déserter. Toutefois, ne tirons pas de conclusions hâtives, Huawei trouvera sans doute un terrain d’entente avec ses accusateurs et autres détracteurs. Business is business n’est-ce pas ?

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Comment (1)

  • MM Répondre

    Ce qui est amusant dans cette affaire, c’est qu’on a des doutes quant au fait que Huawei est de mèche avec le gouvernement chinois. Et donc, potentiellement, peut-être, il est possible que Huawei ait mis en place des mouchards quelque part. Hypothétiquement. Pas de preuves.
    Le gouvernement américain explique sa décision du fait que Huawei étant une entreprise chinoise, elle n’a d’autres choix que de fournir ces mêmes informations au gouvernement chinois. En effet, il existe une loi qui oblige une entreprise chinoise à se plier aux demandes de l’appareil d’Etat. Soit, c’est vrai.

    Maintenant, concernant les Etats-Unis, avons-nous un doute de leur espionnage à grande échelle ? Non, ce n’est pas une hypothèse, c’est un fait établi et reconnu par toutes les parties. Mme Merkel s’en souvient encore, et Hollande avait préféré passer relativement sous silence les écoutes de haut niveau.

    Et il n’existerait aucune loi aux USA obligeant une entreprise américaine à se plier aux exigences du gouvernement ? Bizarre, j’ai dû rêver tous les Patriot Act et autres Cloud Act qui ont généré le rapatriement en urgence de toutes les données des entreprises européennes dans des datacenters européens… Et Google ne vient-il pas de se plier à une décision du gouvernement ? Bien sûr dans la foulée cela permet à Google de se venger suite à son interdiction de présence sur le territoire chinois.

    Finalement, c’est toujours la même histoire : les USA ne supportent pas qu’un autre Etat tente d’imiter ne serait-ce que 10% de leur comportement 🙂

    Hégémonie quand tu nous tiens …

    21 mai 2019 à 14 h 10 min

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