Comment AirBnB intimide des sites sous couvert de protection de marque

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Les sociétés de protection de marque agissent avec zèle pour protéger l’intégrité des marques et empêcher tout usage abusif de leur identité visuelle et patronymique par les concurrents ou parasites. Agissant librement, mais sous l’égide de leur client qui leur accorde une adresse mail et toute autorité pour agir envers les contrevenants, de quelle nature qu’ils soient, ils manient le glaive comme une faux, coupant d’un grand mouvement les blés de la discorde, emportant quelquefois d’innocents coquelicots dans leur moisson d’intimidation. Et parmi les faucheurs, nous retrouvons AirBnB, qui n’aime pas trop qu’on utilise son nom pour faire du business…

Cease and Desist² d’AirBnb

Les brutes au collège ou au lycée, tout le monde connaît, elles mettent les nuls en sport dans les casiers, volent les déjeuners, cachent les vêtement de rechange ou “abusent” de la bonté des intellos pour qu’ils fassent leurs devoirs à leur place. Plus tard, les brutes (bullies en anglais) développent une aptitude pour l’abus de pouvoir et souvent embrassent une carrière qui reflète leurs exactions passées. Évidemment, il n’y a pas de brutes dans les agences de Protection de Marque (Brand Protection), mais des gens très sérieux et impartiaux qui pèsent le pour et le contre lorsqu’ils émettent un avertissement envers une entité qui, selon eux, enfreint le code de la propriété intellectuelle.

Enfin, la plupart du temps, car si les agences de protection de marques ont un défaut, c’est bien celui de se fier à des outils qui ne prennent pas en compte tous les paramètres d’une infraction légitime. Les agences sérieuses vérifient donc ces informations, si possible par une personne qui connaît la langue du coupable présumé et qui peut sait lire plus de deux phrases consécutives sans être pris de convulsions.

Par exemple, une agence sérieuse n’enverrait pas ce genre d’email:

“To Whom It May Concern:

We are providing you this letter of notification pursuant to the Berne Convention to make you aware of material on your website that infringes the exclusive copyright rights of AIRBNB, INC.. Under penalty of perjury, we hereby affirm that the undersigned is authorized to act on behalf of AIRBNB, INC., whose exclusive copyright rights we believe to be infringed as described herein. Relevant content and source can be found at https://www.airbnb.com/mobile 

   
We have a good faith belief that the following AIRBNB, INC. app(s) found at the below listed URL(s) infringe upon the rights of AIRBNB, INC.. The URL(s), and by consequence the infringing content, is accessible globally, and is protected under the Berne Convention, the protection of which extends to 168 countries (full list here: http://www.wipo.int/treaties/en/ShowResults.jsp?lang=en&treaty_id=15). The content in question infringes on AIRBNB, INC.’s exclusive copyright(s) and does not constitute fair use.

AIRBNB, INC. App(s)

Télécharger Airbnb

URL(s)

https://www.logicielmac.com/logiciel/airbnb-4341.html*

AIRBNB, INC. represents that it has not authorized the use of its app(s) on the URL(s) mentioned above. Based upon information at its disposal, we believe that the statements in this notice are accurate and correctly describe the infringing nature and status of the Infringing Material.

Accordingly, we hereby ask that you immediately remove the previously mentioned app(s) from the URL(s) identified above, as well as any other websites that you administer within seven (7) days. If not, we may contact your Internet Service Provider (ISP) and/or take other action without notice to you.

Should you require additional information or wish to further discuss this issue, please do not hesitate to contact the undersigned.
 
Thank you in advance for your anticipated cooperation in this matter.

Sincerely,

AIRBNB, INC.”

Logicielmac n’est absolument pas un concurrent ou un parasite d’AirBnB, mais un site de news et de téléchargement d’applications pour matériel Apple. D’ailleurs, il n’est pas le seul à proposer à ses visiteurs des informations sur l’application mobile d’AirBnb, comme le montre cette page de résultat de recherche de Google:

 

 

Notez que logicielmac n’apparaît pas dans cette page de résultat, mais page 2.

 

 

Clairement, une position qui représente une menace pour AirBnb (sarcasme) et qui justifie l’envoi d’un email d’intimidation. Bon admettons. Admettons que tous les sites de téléchargement de logiciels aient reçus un mail de la part de la protection de marque d’AirBnb. Quelle est la position à adopter? Mettre hors-ligne ces fiches et donc laisser le champ libre à AirBnB, ou ne rien faire et plaider sa cause auprès du cabinet? 

La réponse n’est pas évidente, car il y a peu de chances que les autres sites aient reçu ce type de courriel. Pour tout dire, la plupart des sites tel que le nôtre reçoit des emails de ce genre assez régulièrement, le plus souvent injustifiés, à tel point que l’on n’y prête plus guère attention. Sauf que dans ce cas précis AirBnb a décidé d’adopter une politique très agressive de protection de marque, qui ressemble à une tentative d’écarter tous les parasites des pages de résultats de recherche, ce qui pourrait presque s’apparenter à une manière déloyale de manipuler les résultats de recherche, pratique que Google réprouve ardemment.

Erreur de jugement ou rouleau compresseur légal?

Tout semble indiquer une erreur de jugement. Pour comprendre comment fonctionnent les agences de protection de marque, il faut comprendre comment une veille de mot-clés fonctionne. Pour effectuer une veille, les agences utilisent des outils spécifiques, qui se présentent sous plusieurs formes: Crawlers, sniffers, watchers…Citons en quelques uns: TalkWalker, Changetower, Mention, Bullet…sans compter les services professionnels et/ou propriétaires qui sont extrêmement performants. 

Il suffit que chaque logiciel soit paramétré pour réagir à un ou plusieurs mot-clés pour que chaque jour, ou en temps réel, un rapport soit émis, avec une liste exhaustive des sites qui font mention des mots enregistrés. Exemple avec Talkwalker, qui envoie quotidiennement un mail lorsque le mot “Logiciel” est détecté sur une nouvelle page.

 

 

Dans notre cas de figure, l’outil réagit au mot “AirBnb”…mais la requête est trop large et a besoin d’être raffinée. Pour que l’agence puisse s’appuyer sur du concret, il faut qu’elle démontre le parasitage et la nuisance observée. Un des appuis, valable, est de regarder le nom de domaine utilisé par le suspect, ainsi que son nom. Pour notre agence, un site qui s’appelle Airbnb for dogs n’a aucunement le droit d’utiliser la marque AirBnB pour son activité. Et c’est normal, il s’agit d’un cas flagrant de viol de marque déposée. Vous trouverez des cas similaires en cherchant sur les forums, ou quelques personnes reportent des cas similaires.

(Certains s’interrogent même sur la légitimité de ces mails, non signés et provenant d’un nom de domaine différent de celui de AirBnB. Un rapide coup de Whois est nous obtenons des informations sur l’expéditeur de l’email:

 

 

Le nom de domaine appartient bien à AirBnB, mais le Registrar est MarkMonitor, un cabinet spécialisé dans la protection de marque bien connu. Pas de doute, il s’agit bien là du vrai Mc Coy et pas de Jean-François le brouteur. )

Mais poursuivons: L’url qui est mentionnée dans le mail d’avertissement ne contient pas un nom de domaine incluant AirBnb , juste (logicielmac.com), un sous-répertoire (/logiciel) et le nom du “produit” (/airbnb-4341.html) . Le mot-clé “Airbnb” apparaît donc bien dans l’url, mais pas dans le nom de domaine, ce qui a pu tromper le crawler logiciel si le paramètre de recherche est axé sur l’URL. En revanche, impossible qu’un oeil humain ait pu laisser passer cela. Le mail ne contient pas d’informations spécifiques d’ailleurs sur ce qui est reproché au site: Juste le titre de la page et le lien. Ce flou permet à l’accusateur de semer le doute dans la tête du webmaster, qui fera éventuellement le ménage dans son site.

Le message fait mention également de la “non-autorisation de l’utilisation de l’application” de la part d’AirBnB, ce qui semble vouloir dire que le site hébergerait une application mobile AirBnb illégalement. Ce qui n’est pas le cas car:

  • Il s’agit d’une fiche produit d’un logiciel tout à fait générique
  • L’application, dans le cas présent est destinée aux iPhone et ne peut être téléchargée directement
  • La page renvoie vers l’appstore d’Apple où sont répertoriées toutes les applications officielles disponibles pour iPhone et iPad.

Ce qui veut dire que même AirBnB ne peut héberger le fichier de son application sur son site et doit avoir recours à la marketplace pour distribuer ce fichier. Notez que cela se reproduit sur Android, l’application est uniquement disponible sur Google Play.

 

 

Donc, au pire, le site Logicielmac ne fait qu’envoyer du trafic vers la page de téléchargement de l’application AirBnb et donc lui apporte des utilisateurs potentiels sans en tirer une contrepartie directe. Bon, après, l’IA des bots de protection de marque c’est pas encore ça…

D’ailleurs, les autres sites répondant à la requête et contenant Airbnb dans leur URL sont toujours bien là et ne semblent pas avoir été inquiétés par une menace légale:

 

 

Si l’un des webmasters de ces sites lit ces lignes, il peut nous contacter pour nous dire s’il a reçu un mail d’avertissement ;).

 

Donc, nous en concluons que le message reçu est “une erreur de jugement” de la part du robot d’alerte utilisé par Mark Monitor et que la vérification humaine a échoué également, si elle a eu lieu. Nous n’imaginons pas un seul instant que les cadres de AirBnB aient dans le collimateur un site de téléchargement de logiciels qui ne joue pas le rôle ni de concurrent, ni de parasite. Au pire, il s’agit d’une défaillance de l’agence qui utilise des méthodes de brute pour intimider les potentiels concurrents et qui ratisse large pour garnir ses rapports d’activité et justifier des émoluments conséquents.

Nous n’imaginons pas non plus qu’AirBnb cherche à intimider des sites reconnus comme Médias Européens d’information par Google pour étouffer sa mauvaise réputation, due à son optimisation fiscale qui lui permet de ne pas payer “trop” d’impôts en France ou ailleurs, ses arrangements avec la législation pour contourner les règles imposées par les municipalités, comme Paris ou New-York

Non, il s’agit juste de jouer des épaules pour écarter les autres du passages, le propre du capitalisme en somme.

Pour terminer, nous avons mis hors-ligne les fiches des applications AirBnB, mais elles restent consultables via le cache de Google par exemple. Nous avons également contacté AirBnB France afin qu’ils répondent à nos questions, mais nous n’avons pas reçu de réponses de leur part. 

*Logicielmac.com est un site de la société Eptimum, propriétaire de Logitheque.com également .

² Terme légal américain qui décrit une sommation avant poursuite envoyée à un contrevenant potentiel, souvent utilisé pour intimider.

 

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