Comment (bien) pranker sur les réseaux sociaux?

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“Un très bon Ramadan à tous mes frères et soeurs en islam. Que la paix d’Allah soit sur vous.” Ce tweet d’Alain Juppé n’existe pas. Il n’a jamais écrit ce message, qui n’a d’ailleurs pas été publié depuis son compte Twitter officiel, qui n’a pas été piraté. Pourtant, ces 92 caractères portent bien la signature du maire de Bordeaux et semblent tout droit sortis de la Timeline du candidat à la primaire des Républicains. MAIS COMMENT EST-CE POSSIBLE????

Le prank (aka la farce): nouveau prétexte

Il faudrait être bien Candide pour croire tout ce qui est écrit sur la toile. Nous vous avions déjà évoqué le cas des créateurs de contenus conspirationnistes, des forceurs et des usurpateurs d’identité. Mais ici nous allons parler des trolls et des pranksters, ces êtres malicieux et pas toujours bien intentionnés, aussi vieux que le web, l’identité numérique et son prétendu anonymat. Pendant plus de 20 ans, le trolling est passé d’une attitude négative et volontairement provocatrice à un art délicat, permettant de taper là où ça fait mal et éventuellement remettre à leur place de sinistres cuistres qui ont définitivement trop de temps libre à leur disposition, les pranksters.

Le faux tweet en question…

Le prankster se situe sur la frontière qui sépare le néfaste et l’humour provocateur, espérant rallier à sa cause les followers assidus contre l’ennemi déclaré, bien souvent le politiquement correct, l’hypocrisie ou la bienséance (ou l’inverse). A sa disposition, ce troll 2.0 peut utiliser également bon nombre d’outils pour exprimer sa provocation, qu’il juge anodine et qui peut pourtant avoir des effets dévastateurs. Dans l’ancien temps, au début des années 2000, il était de bon ton d’user et d’abuser des logiciels de retouche photo pour se moquer de telle ou telle personne, de plus en plus souvent en franchissant la ligne rouge (racisme, sexisme, homophobie…). Maintenant, il existe de bien meilleurs moyens pour semer la zizanie: des générateurs de faux tweets, ultra simples à utiliser et très avancés, à tel point qu’il est facile d’emprunter les infos officielles de comptes Twitter et Facebook pour ses mener à bien ses exactions.

Des risques et des conséquences

Si le prank (la farce) est salutaire, elle peut néanmoins déraper comme dans le cas présent. Candide, l’auteur du faux fake, a une conscience politique qu’il exprime au quotidien et ses tweets grinçants sont autant d’occasion d’ironiser sur le double langage présumé des journalistes et politiques.

On ne peut donc absolument pas parler de “hack” ou d'”atteinte à la parole ou l’intégrité”, alors qu’il s’agit tout bonnement d’une blague d’un lycéen en phase de révision pour le Bac.

En revanche, la nuance est encore mal comprise par beaucoup et ce sont souvent les intentions qui sont critiquées, pas l’acte en lui même. Une mauvaise interprétation (ou une grille de lecture particulière) peut donc engendrer des malentendus, jusqu’à vouer l’auteur de la farce aux gémonies. Les réseaux sociaux ne sont pas un “safe space” et malheureusement pour certains, ils constituent un bon moyen de se faire de la publicité, ou de réaffirmer une appartenance à un mouvement, un parti ou une communauté, parfois avec violence mais souvent avec calcul.

Des générateurs de faux tweets

Mais comment l’auteur de ces blagues a t’il pu commettre ces infâmes crimes de lése majesté? A l’aide d’outils spécifiques, utilisés par les plaisantins, mais aussi par les escrocs du web qui se servent des images générées pour créer de fausses rumeurs…

Tweet Fake

C’est le site qui permet de réaliser de faux tweets en un temps record et en reprenant le picto d’illustration et le nom du compte voulu. Le moteur de recherche permet de retrouver n’importe quel compte, il suffit ensuite de remplir la zone de saisie avec le texte de son choix, même en dépassant un peu, histoire de bien montrer qu’il s’agit d’un “fake”. Il est aussi possible de modifier le nombre de retweets, de likes, et de changer quelques paramètres, comme la date et l’heure. Le résultat est une image qu’il faudra screenshoter, ou partager directement sur Facebook ou Twitter…depuis son compte.

Le résultat est parfait et peut tromper aisément n’importe quel utilisateur, pour peu qu’il ne fasse pas attention à la langue ou au caractère incongru du message.

Simitator

Simitator est un peu plus poussé, car il offre des options de personnalisation avancé et permet de modifier le picto du compte. Il demande donc un peu plus de travail, mais se révèle redoutable lorsque l’on veut sciemment brouiller les pistes.

En outre, il permet aussi de créer de faux messages Facebook, Messenger ou Snapchat, mais aussi des conversations sur iPhone, à travers les autres outils en ligne mis en lien ( Fakephonetext, Fake Snapchat Generator…).

On pourrait également citer letmetweetthatforyou ou Prankmenot, deux outils en ligne plus ou moins similaires.

 

A lire également:

L’article de Buzzfeed sur la mobilisation pour Candide

Rue89 Bordeaux sur La plainte déposée par Alain Juppé

 

 

 

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