Non, la carte Vitale ne sera pas remplacée par une application en 2021

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La dématérialisation des documents administratifs est en marche, surtout depuis que le gouvernement Français s’est décidé à prendre le fameux “virage numérique”. La ministre de la Santé, Mme Agnès Buzin, a notamment mis en place un processus de création puis de déploiement de l’application “apCV”, censée remplacer la carte en plastique qui fête ses 21 ans cette année. Cette application mobile est en phase de test dans 2 départements, et auprès de deux caisses de mutualité sociale agricole. Pour autant, cela ne sonnera pas le glas du support physique, qui devrait continuer à être utilisé en vertu du bon sens.

Une carte toujours Vitale

L’article de M. Julien Brygo (1) paru dans le Monde Diplomatique du mois d’Août, qui traite de la fracture numérique en France présente à travers des exemples concrets, montre que la population n’est pas logée à la même enseigne au niveau des connaissances informatiques et vis à vis de l’Internet. Le mot d'”illectronisme” est même utilisé, pour décrire les utilisateurs réfractaires d’un outil qu’ils ne connaissent peu ou pas, ou qui n’y ont tout simplement pas accès.

Une situation que l’on penserait ne toucher que la population la plus âgée, bien qu’une étude montre qu’une frange plus jeune ne possède également pas les connaissances nécessaires à l’exploitation correcte d’Internet et des outils en ligne.

Pourtant, dans cet article rendu accessible à tous, une phrase a provoqué quelques réactions étonnées de la part des lecteurs : “Dès 2021, la carte Vitale sera remplacée par une application mobile appelée apCV” . Une affirmation qui ne laisse planer aucun doute sur le sort du bout de plastique vert, qui disparaîtrait définitivement dans 2 ans, laissant les utilisateurs les moins technophiles sur le carreau.

Le Monde Diplomatique, Août 2019

 

Rassurez-vous, il s’agit d’un raccourci. En effet, si l’application “apCV” est en cours de déploiement dans des zones spécifiques, sa mise en service n’est pour le moment pas officielle et elle ne devrait pas être exclusive pour la consultation des droits du patient. En effet, le décret qui traite d’une “e-carte d’assurance maladie” parle bien d’une expérimentation qui entraînera une évaluation 2 mois avant la fin du test.

Une période de transition inconnue

Le plan de “dématérialisation” des services publics souhaité par M Emmanuel Macron à l’objectif 2022 est un plan ambitieux et coûteux (environ 9 milliards d’Euros (2)) et vise à réaliser des économies, sur le long terme, mais aussi à simplifier toutes les démarches administratives au plus vite. Une volonté qui risque de se heurter à une dure réalité: Le taux d’équipement des Français est loin d’atteindre les 100% et beaucoup d’habitants sont encore réfractaires aux smartphones, voire aux ordinateurs (des produits coûteux qui plus est, et pas toujours faciles à prendre en main), quand ils ne sont pas tout simplement situés dans une zone noire, c’est à dire sans l’Internet à haut-débit.

Il va sans dire qu’un passage au tout numérique est inconcevable, en théorie, à une échéance aussi courte, voire totalement, d’autant que de nombreux praticiens ne sont toujours pas équipés de terminaux pour carte Vitale, ni même d’ordinateurs pour consulter les dossiers des patients. Le plan (3) prévu par M Mounir Mahjoubi et conçu pour assister 1.5 millions de Français à s’équiper ou à se former par an (d’un coût qui ne dépasserait pas les 100 millions d’Euros) n’est toujours pas mis en place (seuls 10 départements sont concernés par le déploiement d’actions concrètes, comme la délivrance d’un pass numérique ou la formation d’accompagnants sociaux).

La plupart des initiatives locales visant à pallier l’illectronisme proviennent pour l’instant d’associations ou de services municipaux qui fonctionnent sur le mode du volontariat.

 

1 . Julien Brygo “Peut-on encore vivre sans Internet ?” Le Monde Diplomatique, août 2019.

2. Sylvain Rolland “L’Etat Numérique d’Emmanuel Macron coûtera 9,3 milliards d’Euros” La Tribune, 26 Septembre 2017.

3. Sylvian Rolland Illectronisme : l’État prévoit jusqu’à 100 millions d’euros pour former 13 millions de Français” La Tribune, 12 Septembre 2018.

 

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