Pourquoi Netflix va lourdement ramer en France pour s’imposer…

Publié le

Netflix arrive ce jour en France et le pays est divisé en deux: Ceux qui ne savent pas ce que c’est et ceux qui ne savent pas comment ça fonctionne. Pourtant, ce service de SVOD (Vidéo à la demande par abonnement) fait un carton aux Etats-Unis et dans les pays où il est implanté grâce à un catalogue pléthorique de films et de séries, parfois originales, et surtout pour un tarif très abordable. Ce débarquement fait grincer des dents chez la concurrence, qui prépare sa riposte, mais qui compte un allié (et un adversaire) de taille: la loi.

Mais c’est quoi Netflix?

Netflix est une entreprise de location de vidéo née à la fin des années 90 aux USA. Au départ, elle proposait la livraison de DVD loués aux domiciles des abonnés, gérant un système d’expédition/renvoi efficace. La société a eu la bonne idée de sentir le vent tourner quand les foyers américains se sont dotés du haut-débit et a su anticiper le déclin des vidéo-clubs traditionnels en proposant de la vidéo à la demande par souscription, en mettant l’accent sur deux points bien précis: Le catalogue et un algorithme de suggestion basé sur les habitudes de visionnage des clients.

Aujourd’hui, vous pouvez vous abonner à Netflix et profiter des services de visionnage pour un forfait commençant à 7.99€ par mois et qui évolue selon le nombre d’écrans et la qualité de diffusion. Pour le moment, il n’est pas encore possible de profiter de ce service en passant par votre fournisseur d’accès, il faudra impérativement utiliser un navigateur sur un ordinateur ou par l’application officielle sur mobiles, à moins d’utiliser un système de connexion sur une télévision (câble, clé type Chromecast…).

Le doute s’installe

En France, le berceau du cinéma, l’exception culturelle favorise les personnes travaillant dans ce milieu de la concurrence mondiale et surtout hollywoodienne. Ainsi, les producteurs et distributeurs bénéficient de lois protectionnistes, dont la chronologie des médias, un système établi par le CSA qui régule la diffusion des oeuvres cinématographiques dans les médias audiovisuels. C’est cette loi qui impose aux chaînes “hertziennes” gratuites un délai d’attente de 22 mois minimum et selon condition entre la sortie en salles et sa diffusion d’un film. Un délai plus court pour les chaînes payantes est observé, tandis que les services de VOD profitent du même délai qui celui de la sortie sur support physique (DVD, Blu-Ray), soit 4 mois.

Cette loi est en grande partie la raison pour laquelle les services de SVOD peinent à décoller dans l’hexagone: les catalogues vieux de 3 ans peinent à intéresser les foyers à qui l’on présente de plus en plus de services gratuits. Le seul levier réellement efficace pour le moment s’est avéré être l’ennemi juré du cinéma pendant longtemps, à savoir la petite lucarne et ses séries, qui sont devenues en l’espace de 15 ans la raison pour laquelle on s’abonne à une chaîne, en plus du Foot.

Mais l’arrivée de Netflilx a donné un bon coup de pied dans la fourmilière, un peu comme l’annonce des forfaits illimités chez Free pour moins de 20 €: Les chaînes qui se sont nourries sur la bête pendant des années voient d’un très mauvais oeil arriver la concurrence américaine, surtout quand elle prend l’apparence du rouleau-compresseur.

L’union sacrée

La concurrence s’est vite organisée et bien qu’elle doive composer avec les mêmes restrictions, la véritable riposte ne va débuter que dans les prochains jours, voire plus. Séries Flix chez Numéricable, CanalPlay Infinity pour Canal+…autant de services qui vont s’adapter à la concurrence et qui vont donner beaucoup de fil à retordre à l’américain. D’autant que les FAI jouent le jeu à moitié: Seuls Bouygues a annoncé officiellement la mise à disposition du service en novembre dans ses box. Orange pourrait faire de même, mais pas avant d’avoir peaufiné OCS, ses applications mobiles et lancé une clé de Cast…

Une autre bataille se livre autour des droits de diffusion. Pour les séries, Netflix produit ses propres programmes depuis 2012 mais a signé des accords de distribution en exclusivité pour House of Cards en France avec Canal+ et aura toutes les peines de convaincre avec Arrested Development saison 4 ou Hemlock Grove. Idem, difficile d’avoir accés au catalogue HBO exclusif à Orange et d’intéresser le public avec les vieilles saisons déjà diffusées sur les grandes chaînes. Mais pour se faire du Binge Watching de séries entières type House MD, c’est idéal…
Autre souci, les chaînes de télévision et Canal+ en tête participent quasiment au financement de tous les films français. Il est donc permis de croire que certains blockbusters n’atterriront jamais ailleurs que sur les networks principaux, sauf si un contrat direct de diffusions à été signé.

Enfin, un autre problème, inhérent au pays cette fois, va terminer de plomber Netflix. La lenteur du débit et l’accès au haut-débit n’est pas encore optimum sur l’ensemble du territoire et bien souvent les FAI se voient contraints de brider les flux pour réduire leurs coûts. Il n’est pas impossible que les abonnés de Netflix doivent alors sacrifier la HD (qui nécessite 5MBps de débit minimum) s’ils veulent regarder un programme sans saccades ou perte de qualité.

Mais si l’offre peut et doit s’étoffer, de même que les canaux de diffusion doivent varier, de nombreux utilisateurs profitent déjà de Netflix depuis des mois en passant par un VPN et en vantent le plus souvent les mérites, même si cela peut faire grincer des dents, comme en Australie où le premier concurrent de Netflix n’admet pas son laxisme sur le sujet.

Envoi
User Review
0 (0 votes)

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Autres articles sur le même sujet