Stopcovid : tout ce qu’il faut savoir sur l’application de traçage

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Stopcovid, l’application de traçage sur laquelle planche actuellement le gouvernement fait énormément parler d’elle depuis quelques semaines. Les français s’interrogent sur plusieurs points : sa technologie, son intérêt, les risques pour la vie privée ou encore sa disponibilité. Ce sont des questions auxquelles nous tenterons de répondre à travers cet article récapitulatif.

MAJ du 2 juin : Stopcovid est officiellement disponible

Stopcovid : comment ça marche ?

Le coronavirus Sars-Cov2 se propage très vite ; en témoigne le pic épidémique que nous avons connu il y a quelques jours. A l’étranger, notamment dans des pays asiatiques, des systèmes de traçage numérique ont été mis en place pour comprendre et enrayer la chaine de transmission du Covid-19. Dans la pratique, cela se matérialise par une application mobile permettant de répertorier les personnes testées positives au Covid-19 et d’alerter les personnes qui sont sur le point d’être en contact avec elles ou qui l’ont été.

L’exemple Chinois… à ne pas suivre

En Chine, les géants Tencent et Alipay ont développé en partenariat avec le gouvernement un système similaire basé sur un code couleur. Ce code indique l’état de santé possible de l’utilisateur et est déterminé par un algorithme tenant compte du temps passé dans une zone à risque, des antécédents de voyage, des relations avec des personnes potentiellement malades.

Capture d’écran du système de traçage en Chine

Le système est également nourri par des données personnelles (numéro de téléphone, nom, etc.) fournies par des agences gouvernementales et les utilisateurs. Un tel système met en évidence la surveillance exacerbée des autorités chinoises sur la population.

Il paraît compliqué de transposer un tel système en France compte tenu des risques évidents pour la vie privée des utilisateurs.

Comment fonctionne Stopcovid ?

Alors que la crise sanitaire était au plus haut point, le gouvernement a évoqué Stopcovid. A l’origine, il s’agit d’un projet de l’Institut national de recherche en sciences et techniques du numérique (Inria).

Ce projet a conduit au développement d’une application de tracing éponyme qui permettrait de prévenir chaque utilisateur s’il a été en contact avec des personnes contaminées. En cas d’alerte, l’utilisateur peut alors prendre des mesures telles que l’autoconfinement ou demander un test. Il s’agit d’une application dont l’utilisation est exclusivement basée sur le volontariat. En clair, il ne s’agit pas d’une obligation.

Pour identifier les contacts entre les personnes, Stopcovid utilise la technologie Bluetooth intégrée aux smartphones des volontaires. En effet, cette technologie permet aussi d’identifier les appareils situés à moins de 15 mètres de proximité, et ce, sans données GPS.

Crédits : Inria

Le Ministère des Armées et l’Inria ont procédé à des tests en laboratoire et en contexte. Au total, une soixantaine de militaires ont testé l’application pendant trois jours en réalisant différentes manœuvres censées refléter les différents usages d’un smartphone au quotidien. Ce protocole n’est pas sans rappeler celui de l’armée Suisse pour le système de traçage numérique des Helvètes.

Le principe est plutôt simple. Lorsqu’un utilisateur déclare qu’il est malade dans l’application, tous les autres utilisateurs croisés par cette personne depuis 15 jours reçoivent une notification qui leur indique qu’ils sont potentiellement porteurs du virus.

Le 25 mai, le bureau de presse du Ministère de l’Economie a diffusé des captures d’écran de la version iOS de l’application. Ces dernières permettent de mieux comprendre le fonctionnement de Stopcovid.

Par la même occasion, Bercy a précisé que l’application était “techniquement opérationnelle” sur iOS. Par la suite, le média franceinfo a cité le ministère des Armées qui a déclaré que “Stopcovid était opérationnel et suffisamment efficace pour être déployée”. Au regard des test effectués, l’application détecterait près de 80% des personnes dans un rayon d’un mètre pendant plus de 15 minutes.

Stopcovid : Protéger, se déclarer, partager

L’application est organisée en trois onglets :

  • Protéger : Cette section permet d’activer ou de désactiver le traçage à l’aide d’un seul bouton.
  • Me déclarer : L’onglet qui permet d’indiquer au système que l’on est positif au COVID-19. Cette déclaration se fait par le biais d’un QR code remis par le docteur ou le laboratoire qui a effectué le test COVID-19.
  • Partager : Dans cette partie du menu, l’utilisateur est invité à partager l’application avec ses proches.

Stopcovid présente également un système d’alertes qui notifie l’utilisateur s’il a été en contact avec une personne testée positive :

Qui participe au projet ?

Stopcovid est devenue aux yeux de tous l’application de traçage numérique du gouvernement. Toutefois, le gouvernement français n’est pas le seul à plancher sur ce projet. L’Inria s’est entouré de partenaires publics et privés. Dans la sphère publique, on relève la présence de l’ANSSI, de Santé publique France et de l’Inserm. Du côté des acteurs privés Orange, Dassault Systèmes, Lunabee Studio, Capgemini et Withings ont rejoint le projet.

Crédit : Orange

Quels risques pour la vie privée ?

Le projet Stop Covid est censé reposer sur 5 fondements cités par Orange dans un communiqué de presse publié le 26 avril sur son site.

> L’inscription de l’application Stopcovid dans la stratégie globale de gestion de la crise sanitaire et de suivi épidémiologique. Stopcovid est une brique complémentaire qui fournit aux acteurs de la santé publique un outil d’aide à la décision pour la phase de déconfinement.  

> Le strict respect du cadre de protection des données et de la vie privée au niveau national et européen, tel que défini notamment par la loi française et le RGPD ainsi que la boîte à outils récemment définie par la commission européenne sur les applications de suivi de proximité.

> La transparence, qui passe notamment par la diffusion, sous une licence open source, des travaux spécifiques menés dans le cadre du projet. Ceci afin d’apporter toutes les garanties en matière de contrôles par la société : transparence des algorithmes, code ouvert, interopérabilité, auditabilité, sécurité et réversibilité des solutions. Ainsi, cette solution pourrait proposer des briques de base exploitables par tous les pays qui le souhaiteraient.

> Le respect des principes de souveraineté numérique du système de santé publique : maîtrise des choix de santé par la société française et européenne, protection et structuration du patrimoine des données de santé pour guider la réponse à l’épidémie et accélérer la recherche médicale.

> Le caractère temporaire du projet, dont la durée de vie correspondra, s’il est déployé, à la durée de gestion de l’épidémie de Covid-19. 

Pourquoi le projet ne rassure pas ?

Malgré toutes ces mesures et fondements, le projet Stopcovid n’est pas rassurant. Comme nous le disions plus haut, lorsqu’un utilisateur déclare sa maladie dans l’application, tous les autres utilisateurs qu’il a pu croiser reçoivent cette information. La question de la surveillance est donc centrale même si le gouvernement indique que les informations sont anonymes en vertu du Règlement général sur la Protection des données (RGPD).

Stopcovid reposerait alors uniquement sur l’identification des appareils des utilisateurs. Chaque appareil recevrait donc un code aléatoire. L’un des problèmes posés, c’est que l’appareil en question est le smartphone, un outil qui concentre toutes nos données personnelles.

Sans tomber dans la paranoïa exacerbée, rappelons que les autorités utilisent déjà les réseaux sociaux pour certaines missions, notamment la lutte contre la fraude fiscale. Avec l’arrivée de Stopcovid dans nos téléphones, les services de l’état disposeraient d’un nouvel outil de surveillance qui semble néanmoins inoffensif à l’heure actuelle.

En effet, si dans sa version initiale Stop Covid se montre respectueuse des données personnelles, il faut toutes les garanties institutionnelles pour empêcher que ses futures mises à jour n’évoluent pas dans le sens contraire et que l’application ne se transforme en “usine à gaz”. Et ces garanties, nous ne les avons pas encore.

Enfin, rappelons que les opérateurs ont déjà la possibilité de suivre les déplacements de façon plus ou moins précises de leurs clients. D’ailleurs, Orange qui est un acteur du projet Stop Covid avait transmis aux pouvoirs publics des données anonymisées montrant que 17 % de parisiens auraient quitté le Grand Paris entre le 13 et le 20 mars : l’exode Covid.

Quelles sont les alternatives à Stopcovid ?

Lorsque l’on manipule des données concernant la santé des individus, la question de la protection de la vie privée est centrale. Par conséquent, toutes les alternatives évoquées dans les médias telles que le système de traçage d’Apple et Google ou les applications comme Coalition ont les mêmes faiblesses à ce niveau. Sur ce point, l’ancien vice-président du conseil national du numérique Tariq Krim a son avis.

Dans un entretien accordé au média Le Point, il évoque une “fiducie de données” qui consisterait à verser les données collectées dans une structure juridique indépendante de l’État appartenant aux citoyens français. Selon Krim, cela permettrait de protéger les données des utilisateurs “contre les écarts éventuels d’un État autoritaire”.

Ainsi, si une mise à jour d’application introduit de nouvelles fonctionnalités qui impliquent un traitement différent des données tel que l’ajout d’un système de couleur comme en Chine par exemple, alors le déploiement de cette mise à jour serait débattu par nos élus et pas décidé uniquement par les éditeurs d’application.

Vous l’aurez compris, pour l’heure, le cadre institutionnel autour de Stop Covid est encore flou, notamment si nous sommes amenés à revivre une telle épidémie dans le futur.

Quand Stopcovid sera-t-elle disponible ?

Lors de son allocution devant l’Assemblée Nationale le 28 avril 2020, le Premier Ministre Edouard Philippe a déclaré au sujet de Stop Covid :

Les questions “doivent être posées, débattues et faire l’objet d’un vote”. Mais le débat “est un peu prématuré”. “Lorsque l’appli fonctionnera, nous organiserons un débat et un vote spécifique”,

Le 3 mai, Cédric O, le secrétaire d’état chargé du numérique a déclaré qu’une phase de test débuterait dans la semaine du 11 mai.

Le 26 mai, l’Armée a déclaré que l’application était suffisamment opérationnelle pour être déployée. La date du 2 juin sera vraisemblablement maintenue. Stopcovid sera donc disponible à compter de cette date sur le Google Play Store et l’App Store.

Les informations officielles sur StopCovid sont listées à l’adresse suivante : https://www.gouvernement.fr/info-coronavirus/stopcovid

Autres sources : Orange, Le Point, Reuters

Comments (2)

  • Gilles Bicornet Répondre

    il faut juste éviter de ce connecter

    21 juin 2020 à 23:21
  • Leyrat thierry............... Répondre

    Bonjour, je n’ai pas de smarphone machin…Alors ………….par choix….Et laissez moi ce doute sur la vie privée!!!! merci …………Cordialement…

    27 mai 2020 à 09:34

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