Toolbars, plug-ins…Votre navigateur vaut de l’or

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En tant qu’utilisateur d’internet, nous avons tous été confrontés à des petits désagréments, liés à l’invasion de programmes intrus, liés à l’installation de certains logiciels. Ces intrus, vous les connaissez, mais vous ne connaissez pas forcément leurs noms, leur origine ou leurs différentes formes. Mais une chose est sûre, vous savez qu’ils n’ont qu’un but: Faire gagner de l’argent, par tous les moyens possibles, à leurs émetteurs. Et comme nos chers navigateurs sont devenus le terrain d’une guerre sans merci que se livrent les différents acteurs de la monétisation du téléchargement, nous en payons doublement le prix…

A l’origine, la toolbar

Par principe, lorsque l’on possède un moteur de recherche, on a tout intérêt à ce qu’un maximum de personnes le visite. Ainsi, les pages de résultats de recherche sont devenues plus qu’une suite de liens pointant vers des sites pertinents. Des publicités s’insèrent en haut de chaque page, parfois sur le côté et tout en bas. Chaque fois que l’on clique sur une publicité, la régie engrange des revenus. C’est ce modèle qui a bâti la fortune de Google, qui va engranger environ 10 milliards de bénéfices en 2013 (à l’heure actuelle, les résultats n’ont pas été publiés). Autant dire que le marché intéresse beaucoup de monde, sachant que la firme de Mountain View ne pèse “que” 33% des revenus publicitaires générés sur internet.

Donc, la première étape pour les moteurs de recherche parallèles, c’est à dire hors du triumvirat Google-Yahoo-Bing, est de se faire connaître, ou du moins exister. Ne pouvant se payer le luxe de développer un navigateur, ils ont décidé de jouer au coucou, pour mieux se nicher dans les browsers populaires que sont Internet Explorer, Firefox et maintenant Chrome. Et quoi de mieux que la toolbar, cette barre d’outil qui comprend une zone de recherche, quelques boutons de raccourcis vers divers sites et pourquoi pas un gadget ou deux? Le service rendu peut être complétement altruiste et de nombreuses sociétés proposent une toolbar inoffensive.

Mais, en webmarketing, rien ne reste inoffensif bien longtemps.

Rapidement, ces toolbars sont devenues le moyen de détourner du trafic. En pensant taper sa recherche dans l’omnibox, l’utilisateur utilise à la place la zone de saisie la plus proche et se retrouve sur un moteur de recherche “exotique”. Conduit, Delta Search, Iminent, Babylon…La liste évolue au fil des années et certains n’hésitent pas à changer de nom ou de modèle pour se refaire une jouvence…

Des navigateurs plus puissants, des parasites plus tenaces

Rapidement, le budget “Recherche et Développement” de certaines compagnies gonfle, surtout pour trouver des alternatives au modèle des toolbars et surtout pour éviter que l’utilisateur ne désactive trop rapidement ces suppléments. Et très vite, les possibilités offertes par les mises à jour successives des navigateurs vont faire le bonheur des développeurs: Changement des pages d’accueil par défaut, des moteurs de recherche par défaut, modification de la page de recherche et des sites visités et modules complémentaires font partie de la grammaire de l’exploiteur.

Mais comment diffuser ces petits cadeaux piégés? Eh bien, tout simplement, grâce au concours (intéressé) des sites de téléchargement de logiciels! Tout d’abord, ces adwares (logiciels publicitaires) ou PUP (Potentially Unwanted Program) se sont immiscés dans les logiciels gratuits, pour rapidement devenir source de problèmes avec les éditeurs. Bien que rentables, la notoriété de ces invités fait beaucoup reculer les utilisateurs avertis. Qu’à cela ne tienne, il suffit de développer la technologie qui permet d’enrober le logiciel d’une couche supplémetaire…Ou d’en récupérer une autre!

En bleu, les publicités ajoutées par une extension. C’est l’endroit le plus bataillé sur les pages de recherche. En dessous et sur le côté, les Google Adwords légitimes, mais reléguées au second plan.

C’est ce qu’apportent les “downloaders”, ces gestionnaires de téléchargement qui sous couvert d’accélérer et stabiliser le téléchargement et l’installation de logiciels profitent d’un flou autour des conditions d’utilisation pour installer des produits en plus et modifier quelques paramétres de navigateurs au passage. Ce modèle de téléchargement a été adopté par de nombreuses sociétés, plus ou moins importantes, qui engrangent des revenus à chaque fois qu’un logiciel est installé par ce biais. Pour vous donner un ordre d’idée, voici les chiffres que nous avons recueillis auprès d’un prestataire de ce type, en fonction des actions effectuées par les utilisateurs:

  • L’utilisateur clique sur une publicité diffusée dans le downloader: Quelques centimes d’euros, en fonction de l’annonceur (environ 0.05 €)
  • L’utilisateur installe un logiciel (entre 0.10€ et 0.25€)
  • L’utilisateur clique sur une offre promotionnelle diffusée à travers le downloader (rémunération variable, entre 0.02 et 0.05€)

Sans compter que l’utilisateur se voit proposer d’autres logiciels à installer, multipliant à chaque fois cette somme. Au final, un “client” rapporte à une société et par téléchargement réussi entre 0.20€ et 0.50€. Des chiffres qui peuvent paraître dérisoires mais qui peuvent rapidement faire grimper la facture si on les additionne: Avec 1000 téléchargements réussis par jour, un site gagne entre 200 € et 500 €! Et ces revenus s’envolent pour des sites d’envergure qui sont visités quotidennement par des dizaines de milliers de visiteurs…Au prix de leur âme?

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Nous l’avons vu, l’économie qui gouverne les adwares et ses dépendances est suffisamment motivante pour que les éditeurs de logiciels comme les sites de téléchargement adoptent ce modèle économique. Avec des sociétés hébergées un peu partout dans le monde et des sites de téléchargement “borderlines” (situés dans des pays comme les USA, la Chine, le Maroc et surtout l’Espagne), l’utilisateur français se retrouve bien souvent devant un site qu’il considère légitime et télécharge un logiciel qui n’a peut-êtrerien à voir avec sa recherche initiale. Mais quels sont les pièges à déjouer? Voici les méthodes utilisées par les plus agressifs des web marketeurs…

 

Qui sont derrière ces sites? En tout cas ils ne se cachent pas…

Nous avons pris l’exemple d’un logiciel très populaire et gratuit, VLC Media Player. Nous aurions pu prendre également Avast  mais nous avions déjà évoqué le cas très particulier de cet antivirus. Pour être sûr de ne pas télécharger la version “nue” de ce logiciel libre, il suffit de cliquer sur une publicité: Leur diffuseur, s’il veut rentabiliser ses coûts, doit convaincre le visiteur de télécharger et d’installer le maximum de produits. Et pour être visible, c’est une bataille sans merci qui se joue sur les pages de Google.

Chaque annonceur doit en effet enchérir pour être en meilleure position possible, c’est à dire en haut de la page. Cette stratégie (le SEM, ou Search Engine Marketing) est généralement payante, dans tous les sens du terme. Les visiteurs cliquent beaucoup plus tout en haut de la page et cela génère donc beaucoup de visites aux sites annonceurs. En contrepartie, ils versent à chaque visite un montant variable à la régie, calculé selon la concurrence à laquelle se livrent les enchérisseurs. Pour ceux qui ne veulent pas payer, la bataille se joue au niveau du “référencement naturel”, c’est à dire les résultats qui sont affichés dans les pages de recherche, hors blocs d’annonce.

 

A ce prix, les installeurs doivent être “blindés”: Qu’il s’agisse d’un installeur classique mais “réencapsulé” et agrémenté de PUP ou d’un downloader permettant de télécharger bien plus qu’un simple logiciel, tout est mis en oeuvre pour que chaque installation soit rentable. C’est pourquoi le modèle est passé de la toolbar inoffensive aux adwares intrusifs et indéracinables.

Nous tenons à rappeler que la diffusion de logiciels réencapsulés ou distribués à travers des downloaders ne constitue pas une activité illégale. Chaque utilisateur doit installer ces logiciels en connaissance de cause. Les sociétés qui créent ou diffusent ces produits sont dans leur droit le pus strict.

A suivre:

2/Comment fonctionnent ces adwares?

3/Comment s’en débarrasser?

 

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